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voir l'espace architectural en coupe . Explorations sur la coupe dans la conception de l’espace moderne

Thèse préparée par Adrienne Costa

Encadrement

  • Co-Directeur de thèse : Rémi Papillault, HDR, ENSA Toulouse
  • Co-Directeur de thèse : Jean-Pierre Chupin, Ph. D., Université de Montréal

Résumé

En partant de l’hypothèse que la coupe peut être un filtre épistémologique, la thèse cherche à évaluer et décrire la dimension génératrice de la coupe dans la conception de l’espace. Une préoccupation sous-jacente à cette exploration des propriétés inhérentes à la coupe est la notion d’espace. Le sens donné à l’espace peut être, dans la pratique et dans l’enseignement, un ressort majeur de conception architecturale.

Un faisceau de phénomènes lient intimement cette notion à la modernité. Depuis la fin du XXe siècle, le choix d’utiliser la coupe pour concevoir ou pour montrer le projet est déjà le signe d’une posture face au panel de représentation offert par le numérique qui pourrait a priori rendre la coupe obsolète. Il convient de souligner que par leur structure même, les logiciels de modélisation écartent l’éventualité de la coupe comme mode de conception. Pourtant, à en juger par la place qui lui est donnée dans les présentations de projets d’architectes, ou dans l’enseignement, la coupe est présentée souvent comme un dispositif de stimulation d’attitudes de conception, de construction et de connaissance. Elle reste encore un mode privilégié et stratégique dans l’analyse et la transmission d’un projet architectural.

L’hypothèse que s’est attaché à vérifier Christine Mc Carthy dans sa thèse, est que la coupe est un objet hybride, une conséquence, une synthèse de représentations. Qu’en est-il, à l’inverse, de la capacité génératrice de la coupe en matière d’espace ? L’enjeu de cette étude est de comprendre comment la conception de l’intériorité et/ou de l’espace s’appuie sur la coupe dans le processus de création. Dans quelles conditions et de quelle manière le fait-elle ? Comment voit-on l’espace en coupe ?

Une première hypothèse posée aux prémices de la recherche fut que la coupe peut être tantôt un dispositif pour concevoir, tantôt un dispositif pour « ouvrir », pour dé-couvrir le projet. Nous soutenons l’hypothèse que la coupe donne une vision particulière du projet. La coupe traverse le projet autant qu’elle l’englobe, montrant ainsi des relations qui n’apparaissent pas dans d’autres modes de représentation.

Notre regard présent sur le statut de la coupe dans l’espace se conçoit dans le fait que certains espaces domestiques d’Adolf Loos ne se comprennent comme applications du Raumplan que dans leur coupe. Or, le leg d’Adolf Loos à travers sa théorie du Raumplan est la nécessité de penser la troisième dimension pour penser le projet dans l’espace. En outre, l’utilisation du terme Raum (« espace » mais aussi « pièce ») et les principes qu’il établit pour concevoir le projet dans l’espace s’avèreront également fondateurs de la modernité. Ces fondements théoriques traverseront le XXe siècle et les différentes expressions de la modernité de puriste à critique.La démarche consiste à identifier dans un premier temps des exemples de coupes de façon transhistorique. Une large collecte d’une centaine de coupes considérées comme significatives a permis de relever et d’aborder les notions et dispositifs relevant de l’espace en coupe.

L’état de l’art esquisse un portrait kaléidoscopique des connaissances théoriques sur la section et sa façon d’ouvrir l’objet projeté ou l’édifice construit. Il consiste, dans un premier temps, à identifier, à collecter et à observer des exemples de coupes considérées comme significatives de façon anhistorique. La thèse de Christine McCarthy[4], qui traite de la coupe comme instrument de représentation, retrace son évolution de la Renaissance au XVIIIème siècle. Cette recherche inaugure ce qui nous permet d’enraciner, de comprendre et élargir la situation de la coupe dans la théorie de l’architecture. Cet état de l’art vise à faire émerger les conditions du recours à la coupe dans la vision de l’intériorité. Selon Jacques Guillerme et Hélène Vérin, c’est à travers les études et relevés de ruines antiques que la coupe apparaît comme réalité physique, celle de l’édifice tronqué par son effondrement partiel. De nombreux théoriciens, parmi lesquels notamment Barbara Stafford et Robin Evans, opèrent un rapprochement entre la section et la dissection comme modes d’ouverture sur l’intérieur et le développement de ces deux pratiques au XVIIIème siècle. Pour Alberto Perez Gomez et Louise Pelletier[8], « les dessins qui décrivent l’architecture, sont projetés de façon analogue à la représentation du corps humain ». Pour Robin Evans, la coupe permet à l’architecte de se détacher de la réalité et ainsi de transcender le bâtiment à construire au niveau de ce qui fait son principe interne. Elle est le profil du plein et des creux dans lesquels l’ombre apparaît, générée par les pleins. Un deuxième volet théorique se fondant sur les théoriciens de la modernité précise ce que cette étude entend par « espace moderne » et en quoi cette notion a déjà dévoilé des liens avec la pensée du projet en coupe. 

En interrogeant les architectes qui ont essayé de définir les ressorts disciplinaires de la coupe, sont apparus des égarements révélateurs comme celui de Quatremère de Quincy pour qui la coupe vient de l’italien cupo qui signifie creux, sombre, qui donnera coupole, et qui la lie dès lors à la question du vide et du cosmos. Du spacato qui proviendrait de l’analyse des vestiges d’architecture monumentales antiques à la coupe narrative ou utopique qui fait le récit d’une architecture fantasmée, avant qu’elle ne décrive l’espace, la coupe ouvre sur l’intimité d’un objet pour voir au-delà de ce qui est montré, au-delà de l’épiderme qui protège.

Le rapprochement de ces aspects théoriques inhérents à la coupe avec l’étude de dessins d’archives par l’établissement d’une grille et de diagrammes d’analyse a permis d’élargir la portée de cet objet à la conception de l’espace.

Si l’autorité de la coupe est admise dans la conception de certains dispositifs spatiaux comme les filtres, les seuils, les franchissements, les tensions et relations spatiales, l’étude du corpus de dessins de conception de maisons modernes a montré qu’elle renfermait également des enjeux spatiaux à partir de l’instant où la primauté du plan s’effondre, notamment dans l’espace domestique qui bascule dans la modernité avec le raumplan.

Mais si la coupe figure des enjeux spatiaux, cette propriété se précise dès lors qu’elle installe l’homme dans l’espace. Il apporte par sa présence peu à peu la question de son rapport au cosmos et de la façon de s’affranchir de la matière, du plein, de ce qui sert et protège. Dès que l’habitant apparaît debout et acteur entre sol et ciel, la coupe prend du sens et prend un sens.

Un corpus de référence observé à travers une collecte d’archives et un corpus récent décliné du corpus de référence observé en comparaison avec le premier corpus :

L’approfondissement de l’exploration de la coupe dans la pensée de l’espace sera permis par l’analyse approfondie d’un corpus resserré de coupes significatives de maisons choisies au sein de la modernité. La maison offre la possibilité à l’architecte d’explorer des configurations d’espaces et de fonctionnements inhabituels ce qui en fait ici une façon pertinente d’aborder une analyse d’espaces modernes. Nous observerons notamment l’évolution d’une - ou de plusieurs - section majeure du projet réalisée selon un même axe repéré en plan. Les conditions et les implications du site et du projet qui auront pu contribuer au choix de cet axe seront explicités.

Le premier ensemble comporte des maisons d’Adolf Loos, de Le Corbusier, de Mies Van der Rohe, de Franck Lloyd Wright et de de Louis Kahn. Il permettra de travailler avec des archives importantes et accessibles. Les projets sont choisis en fonction de la façon dont ils sont documentés dans les fonds d’archives.

Le deuxième ensemble comporte des maisons récentes réalisées par des agences qui, étant actives, n’ont pas fait don de leurs archives à une fondation. Il comporte des maisons d’architectes contemporains tessinois, espagnols, portugais et catalans. Les maisons y sont élues en fonction de deux critères. Le premier est la revendication d’une filiation avérée ou supposée avec la modernité du XXème siècle, et notamment la citation d’architectes du corpus de référence ; le deuxième critère est la représentativité diverse de questions abordées par les types de figures de coupes du projet.

Nous espérons ainsi participer au développement de la connaissance de la coupe et déterminer quelles sont les conditions qui la rendent utile et ce qu’elle apporte dans la conception de l’espace. L’étude du corpus permettra de faire émerger la question spatiale posée par la coupe. Elle permettra, in fine, par l’analyse du type de réponse apporté par le dispositif de coupe de formuler des propositions de postures spatiales archétypiques issues de la diversité des cas étudiés.

Cette exploration kaléidoscopique de la coupe permet dès lors d’étirer sa définition admise comme objet de représentation en y incluant son rôle dans la conception. Elle éclaire en quoi la coupe permet non seulement de montrer, mais surtout d’établir des conditions spatiales.

Ce travail contribue de fait à une meilleure connaissance de la fabrication de coupes de maisons modernes manifestes. Il apporte également la mise en œuvre d’une méthode de lecture et d’analyse de l’espace coupé, notamment à travers l’établissement de diagrammes de coupes consacrés à l’approche des relations entre l’homme et l’espace.
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