Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Navigation

Vous êtes ici : Accueil / Activités / Thèses en cours / Clémentine Laborderie

Pédagogie par l'expérimentation en architecture : partir du lieu pour construire le milieu

Thèse préparée par Clémentine Laborderie

Encadrement :

  • Direction : Pierre Fernandez, professeur, ENSA Toulouse
  • co-encadrement : Noël Jouenne, maître de conférences, ENSA Toulouse

Déroulement de la thèse :

 Comité de thèse le 04/04/2018 :

  • Membres du Comité de thèse : Pierre Fernandez (directeur), Noel Jouenne (co-directeur), Dominique Broussal (Responsable du département Sciences de l'éducation et de la formation : Éducation, Formation, Travail, Savoirs (EFTS), Université Toulouse Jean Jaures, HDR)

 

Expérimentations pédagogiques : 

  • octobre 2017- décembre 2017 : 1ere expérimentation : organisation d'un cours et d'un workshop à l'Ecole Supérieure d'Ingénierie d'Architecture et d'Urbanisme de Bamako (ESIAU Mali)
  •  octobre 2019 - décembre 2019 : 2e expérimentation : organisation d'un cours et d'un workshop à l'Ecole Supérieure d'Ingénierie d'Architecture et d'Urbanisme de Bamako (ESIAU Mali) 

 

Résumé

Introduction :

 Au début de ce travail de recherche il y a une intuition qui est liée à une expérience personnelle et à une sensation de tiraillement entre deux mondes : celui des artisans, et celui des architectes. Il y a également une préoccupation écologique qui jalonne mon parcours dans le milieu de la construction et dans celui de la conception. C’est ainsi que l’aventure de la thèse commence avec l’ambition de rassembler, pour unifier, un monde perçu comme fracturé, scindé en deux.L’ambition au départ de ce projet de thèse était celle d’établir un nécessaire rapprochement entre concepteurs et constructeurs durant leurs formations respectives pour favoriser une meilleure démarche environnementale en architecture. Cette recherche se destinait à construire une passerelle entre deux mondes.

Au fur et à mesure de l’avancement du projet sa vocation a changée et aujourd’hui ce travail n’ambitionne plus de trouver des moyens pour relier deux mondes autour d’une construction respectueuse de l’environnement mais de trouver des moyens pour réinventer le rapport de ceux qui conçoivent et construisent à leur environnement.

C’est justement en abandonnant le terme « environnement » que tout un système de pensée s’est déconstruit pour se reconstruire autour de la notion de « milieu » comme nous le verrons un peu plus loin.

Appréhender l’architecture à travers la mésologie (étude des milieux) deviendra le nouveau point de départ de ce travail qui oubliera les dichotomies préalablement établies entre concepteur et constructeur dans le milieu social, ou encore entre la pensée globale et l’action locale dans le milieu de l’écologie, pour entrer dans une pensée du relatif à la fois objectif et subjectif. La mésologie oblige à déconstruire le regard scientifique, celui de la physique, pour le reconstruire dans sa relation complémentaire au regard symbolique, celui du phénoménal. C’est entre ces deux sphères que ce travail cherche à établir une correspondance par le biais du milieu.

 

Notions essentielles : 

Ce travail repose sur une grille conceptuelle mise au point par Augustin Berque à travers deux ouvrages majeurs en terme de mésologie : Écoumène et Médiance (Berque, 2000a, 2000b).

Le milieu est définit par le géographe et philosophe comme « relation d’une société à l’espace et à la nature »(Berque, 2000b, p. 48). Notion de base pour ce travail, il est important de souligner le fait que le milieu n’est pas un objet mais une relation contrairement à l’environnement.

La médiance est « le sens d’un milieu, à la fois tendance objective, sensation/perception et signification de cette relation médiale »(p.48). C’est une notion clé sur laquelle repose ce travail puisque c’est bien la recherche de cette médiance qui sert de postulat de base à ce que nous appellerons une « architecture ancrée » dans son milieu.

La trajection : est « la combinaison médiale et historique du subjectif et de l’objectif, du physique et du phénoménal, de l’écologique et du symbolique, produisant une médiance »(p.48). La trajection qui se rapprochera de la notion d’errance dont nous parlerons dans le point méthodologique, est un concept qui servira de boite à outils dans le sens où tous les dispositifs pédagogiques mis en place devront s’insérer dans ce cadre, c’est à dire dans cette correspondance permanente entre les éléments cités dans la définition.

  

Problématique : 

La problématique au sens large est celle de la mise en relation, comment établir une correspondance entre l’objectif et le subjectif, le physique et le phénoménal, l’écologique et le symbolique, qui permette de produire une médiance ?

La problématique de ce travail, dans une perspective plus restreinte, est de chercher des dispositifs pédagogiques qui permettraient de créer cette médiance. La question posée pourrait se formuler de la sorte : quels dispositifs pédagogiques permettraient de proposer un enseignement architectural au service de la « médiance » ?

 

Hypothèses : 

Les hypothèses de travail concernent de manière générale l’établissement de la correspondance entre le sujet et le milieu, c’est à dire la trajection. 

Dans un premier temps nous faisons l’hypothèse que c’est par un enseignement technique que nous pouvons le plus facilement aborder la complémentarité d’une approche scientifique et d’une approche artistique.

Dans un second temps, nous faisons l’hypothèse que la compréhension du milieu ne peut pas avoir lieu en dehors du milieu. Autrement dit, ce n’est qu’en sortant de l’école, comme lieu coupé du milieu, que les étudiants peuvent comprendre les notions de milieu et de médiance.

Et enfin, la dernière hypothèse concerne le travail collectif ; nous faisons l’hypothèse que c’est par la mise en place d’un travail collectif que la notion de trajectivité est la plus facilement abordable pour des étudiants.

 

Méthodologie : 

La méthodologie de cette recherche est celle de l’errance. Cette errance ne doit pas être perçue comme un manque d’engagement, ni comme un manque d’entrain car en réalité il s’agit d’une errance assumée comme relation à la connaissance, et même comme méthode.

L’errance est un mode de relation qui a été théorisé entre autres par Deleuze et Guattari, en s’appuyant sur l’image du rhizome, puis par Édouard Glissant. Contrairement à l’arbre qui se développe à partir d’une racine (totalitaire), le rhizome se développe de manière aléatoire en suivant des lignes qui connectent des points quelconques à d’autres points quelconques en récusant toute idéologie. L’errance, comme le rhizome symbolisent des processus qui sont immanents.

Il s’agit d’une méthodologie de recherche qui nie tout pôle préexistant et qui s’étend uniquement dans un rapport à l’Autre en suivant « des lignes de segmentarité d’après lesquelles il est stratifié, territorialisé, organisé, signifié, attribué,etc. mais aussi des lignes de déterritorialisation par lesquelles il fuit sans cesse »(Deleuze et Guattari, 1980, p. 14).

Pour Edouard Glissant (Glissant, 1990) contrairement au nomadisme circulaire qui cherche des moyens de subsistance, ou au nomadisme envahisseur qui cherche à imposer quelque chose, l’errance est un nomadisme qui cherche l’altérité. Ainsi ses directions se dessinent au gré des rencontres, qu’elles soient réelles ou théoriques.

 

Expérimentations de dispositifs pédagogiques :

 C’est suite à plusieurs rencontres, qu’un voyage à l’École Supérieure d’Ingénierie d’Architecture et d’Urbanisme (ESIAU) de Bamako, partenaire de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse (ENSA), a été organisé en 2017.

Lors d’un premier voyage, c’est dans le cadre d’un cours de construction destiné aux étudiants de troisième année de licence que des expérimentations ont pu être menées.

Je profitais alors de deux particularités de l’ESIAU qui sont d’une part de disposer d’un mini-bus et d’un chauffeur, et d’autre part d’accueillir ponctuellement une classe d’étudiants préparant l’équivalent d’un Certificat d’Aptitudes Professionnelles (CAP) en maçonnerie dans l’enceinte de l’école, pour mettre en place des sorties sur des chantiers pour les étudiants de 3e année de licence, accompagnées par le formateur des maçons.

Ici, il s’agissait, à travers un dispositif simple à mettre en œuvre dans le contexte malien, de mettre en perspective des connaissances techniques théoriques et des connaissances techniques empiriques afin de constater leur complémentarité.

Lors de ce même voyage, nous avons co-organisé avec Odile Vandermeeren, enseignant le projet aux étudiants de 3e année à l’ESIAU, un workshop d’une semaine dont l’objectif était de concevoir un poulailler à partir des matériaux disponibles sur un site qui avait été choisi comme point de départ de ce projet. Durant une semaine les étudiants ont dû faire un inventaire des matières disponibles pour la construction sur le site, et produire des dessins et maquettes du poulailler qu’ils pourraient construire à partir de ces matériaux (et d’un budget de 10000 Fcfa).

Lors de ce workshop notre volonté était de leur faire appréhender la notion de milieu en les sensibilisant à l’utilisation des matériaux bio et/ou géo-sourcés disponibles sur le site.

Ces expérimentations ont permis de mettre en relief des manques qui ont fait l’objet d’une analyse critique et ont permis de mettre au point d’autres dispositifs pédagogiques qui seront testés lors d’un second voyage en octobre 2019.

 C’est à travers ces expérimentations que nous pourrons vérifier les hypothèses exposées ci-dessus et valider ou non des dispositifs ainsi que les mettre en perspective avec des dispositifs déjà existants.

 

Mots-clés

expérimentation / lieu / milieu / construction écologique / ancrage