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La transformation comme conception ouverte en architecture. Expérience de la cité de Beutre, un projet de transformation des logements avec les habitants dans un quartier populaire.

Thèse préparée par Marion Howa

  • École doctorale Temps, Espaces, Sociétés, Cultures (TESC)
  • Financement : Cifre avec l'agence d'architecture Hutin à Bordeaux + bourse Caisse des Dépôts et Consignations (1 an)
  • Date de démarrage : octobre 2017
  • Soutenance de thèse prévue le jeudi 29 septembre 2022 à 14h00, Maison de la Recherche de l’UT2J, salle D29.

Encadrement

  • Directeur de thèse : ESTEVEZ Daniel, professeur, ENSA Toulouse

Composition du jury :

M. Daniel ESTEVEZ  ENSA de Toulouse  Directeur de thèse
Mme Antonella TUFANO  Paris 1 Panthéon-Sorbonne  Rapporteure
M. Yankel FIJALKOW  ENSA Val-de-Seine  Rapporteur
Mme Joëlle ZASK  Université d’Aix-Marseille  Examinatrice
M. Éric CHAUVIER  ENSA Versailles  Examinateur
M. Christopher DELL  HafenCity University Hamburg  Invité
Mme Anne LACATON    Invitée


Comité de thèse

  • Comité de thèse, résumé des échanges (26 septembre 2019)

La doctorante a présenté un exposé des travaux menés au cours des deux années de recherche. Elle a livré à l’appui de ses propos un ensemble organisé de documents permettant au comité d’avoir un aperçu cohérent des processus de recherche en cours. Cette thèse prend pour point de départ le souhait de parvenir à un certain degré de théorisation des pratiques professionnelles en architecture contemporaine expérimentale tournées vers les communautés, en particulier dans le cadre de projets de transformation architecturale de logements locatifs sociaux. Engagée en convention CIFRE depuis le début d’année 2019 à l’agence CH architecture à Bordeaux, la recherche s’inscrit à la croisée des domaines de l’opérationalité pratique de maîtrise d’œuvre et de l’expérimentation sociale. Marion Howa poursuit actuellement sa recherche en immersion sur son terrain d’étude dans le cadre du projet architectural et urbain de transformation de la Cité de Beutre à Mérignac près de Bordeaux. Sur le plan théorique, la recherche étudie le concept “d’Augmentation des Architectures” comme outil d’intervention architecturale sur des logements existants avec l’objectif d’une ouverture « d’espaces de pouvoirs » des habitants (empowerment, autonomisation) dans le projet. Sur le plan expérimental, la recherche propose une recherche-action sur la Cité de Beutre à Mérignac comme échantillon significatif d’un projet d’architecture de type expérimental intégrant la notion de communauté habitante. Une bibliographie spécifique à ces problématiques est livrée et commentée par la doctorante. Marion Howa souligne enfin plusieurs questions concernant cette recherche qu’elle soumet au comité de suivi : comment conférer une valeur scientifique à des documents de projet opérationnels ? Limites des méthodes de recherche-action ? Quels outils efficients pour une démarche de recherche-action ? Des échanges ont suivi cet exposé. Les membres du comité ont discuté les questions soulevées en montrant que les documents déjà produits recélaient une valeur scientifique qu’un travail interprétatif spécifique peut révéler. Des exemples ont été soulignés en se référant aux démarches de recherche qualitatives/interprétatives. Le comité a soutenu positivement les orientations méthodologiques prises par cette recherche, notamment sur le rôle central du couple expérimentation/interprétation. Les interventions ont porté sur les points suivants : - L’augmentation des surfaces est une première entrée (littérale) qui doit être creusée davantage : concernant son existence historique en architecture (Hertzberger, Perez de Acre), mais aussi dans ce rapport de causalité entre augmentation des surfaces et “bonheur d’habiter” (ce rapport trop systématisé affaiblit le propos : le structuralisme en architecture nous donne en cela des pistes, la flexibilité est par exemple questionnée au profit de d’une bonne articulation des espaces). - Les expérimentations de terrain, doivent être menées de façon synchroniques, qu’il s’agisse de recueils, d’écritures, de relevés, d’entretiens, de chantiers etc. la recherche pourrait à ce stade être conduite de façon “polyphonique”. Pour cette raison, il est conseillé à la doctorante de ne pas se lancer dans un inventaire des augmentations architecturales existantes dans le monde comme indiqué sur la première partie des documents fournis. Au contraire, il conviendrait plutôt de se concentrer sur le cas unique de Beutre, lieu où toutes les expérimentations observables sont conduites. Il s’agit d’approfondir au maximum ce cas d’étude en visant son épuisement au sens de Pérec plutôt que de risquer des études comparatives dont on ne voit pas à ce stade l’efficacité scientifique dans le temps de la recherche.

Avis du Comité de Thèse : Avis très favorable à la poursuite de la thèse et à l'inscription en troisième année.

Résumé

La thèse porte sur les théories et pratiques de conception architecturale de transformation du logement avec les habitants des quartiers populaires. La démarche de recherche est née d’une pratique du métier d’architecte au sein l'agence Christophe Hutin Architecture. Le projet expérimental de transformation de la cité de Beutre a été l’occasion de développer une recherche-action, dont la thèse (CIFRE) propose un retour réflexif. Beutre est une ancienne cité de transit auto-transformée par ses habitants depuis un demi-siècle. La transformation informelle de l’architecture est le produit d’expériences de résistances quotidiennes des habitants de la cité. Une observation attentive de ces faits peut conduire les architectes à envisager le métier, non plus comme la production d’objets finis ou sculpturaux, mais comme une possible contribution aux processus performatifs des milieux. Contribuer à la transformation des habitats, sans démolir ni expulser, pourrait être pour les architectes une piste d’action réaliste et écologique au plus proche des situations. Face aux aspirations contemporaines de nos sociétés, les objectifs du projet architectural de transformation des logements peuvent dépasser ceux des réhabilitations techniques, et viser des exigences de contemporanéisation des espaces de vie. Comment les architectes peuvent-ils participer de cette manière au processus de transformations des habitats ? Pour étudier cette confrontation des architectes au réel, la thèse propose une théorie de la conception ouverte en architecture. La méthode de conception se structure par les techniques de l’enquête de projet : démarche in situ (permanence architecturale et paysagère), outils de documentation projectuelle (inventaires, relevés habités, diagrammes, image- documents, photographies, films) ; dispositifs d’interaction avec les habitants de l’échelle des personnes à l’échelle du commun ; réseau de réflexion scientifique transdisciplinaire sur les expérimentations au fil du projet. Précises et indéterminées, ces structures de la méthode sont performantes pour gérer le déroulé processuel et interactif d’un projet architectural avec les milieux. Elles peuvent alors générer chez les concepteurs une maitrise de l’improvisation dans le projet d’architecture. La transformation comme conception ouverte devient opérante pour travailler l’architecture en conversation avec les processus. Elle traite à la fois la singularité des détails et le tout, l’action immédiate et le temps long, les divers liens de réciprocité entre les individus et commun. Cette réflexion sur le renouvellement des pratiques des architectes donne à voir une interprétation possible du pragmatisme en architecture, à la croisée d’enjeux démocratiques et écologiques.

Mots-clefs

transformation,logement,habitants,quartier populaire,conception ouverte,architecture contemporaine